le 9 juillet 2026
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Publié le 9 juillet 2026 Mis à jour le 21 juillet 2026

Comment les investisseurs perçoivent-ils le risque ?

© Adobe Stock

Le projet BIPDM, dirigé par Sofia Ramos, professeure de finance à l’ESSEC Business School, vise à mieux comprendre comment les investisseurs particuliers lisent et interprètent les documents d’investissement.

À l’aide de méthodes expérimentales, le projet examine comment les changements apportés aux obligations réglementaires d’information influencent la compréhension, les attentes et les décisions des investisseurs, dans le but plus large d’évaluer si une plus grande transparence conduit réellement à de meilleurs choix financiers.

CY Initiative : Pourriez-vous vous présenter et nous en dire plus sur votre parcours professionnel et vos principaux axes de recherche ?

Sofia Ramos :
Je suis professeure de finance à l’ESSEC Business School depuis 11 ans. Avant de rejoindre l’ESSEC, j’étais basée à Lisbonne, au Portugal. Je suis titulaire d’un doctorat en finance de l’institut suisse de finance de l’université de Lausanne. Je suis également rédactrice en chef adjointe de l’European Journal of Finance. Mes recherches portent sur les investissements et la gestion de portefeuille, avec un intérêt particulier pour les fonds communs de placement et, plus largement, sur la manière dont les investisseurs prennent leurs décisions d’investissement. Mon travail est principalement empirique, même si j’ai également mené des recherches théoriques au début de ma carrière. Au fil du temps, j’ai publié plusieurs articles dans le domaine des investissements et, ces dernières années, j’ai également développé des recherches en finance durable.

CY Initiative : Vous avez remporté l'appel à projets 2025 de CY Initiative. En quoi consiste ce projet et quel est son objectif ?

Sofia Ramos : Le projet s'intitule Behavioral Insights in PRIIPs Decision-Making (perspectives comportementales sur la prise de décision relative aux PRIIP). Il s'appuie sur mes recherches antérieures en matière d'investissements et de gestion de portefeuille, et examine la manière dont les investisseurs prennent leurs décisions lorsqu'ils lisent des documents d'investissement. Le projet se concentre sur les documents destinés aux investisseurs particuliers, car les régulateurs sont particulièrement soucieux de leur protection. C’est pourquoi les investisseurs doivent recevoir des documents divulguant des informations clés sur les produits financiers, notamment ce que l’on appelle le "document d’informations clés". Cette réglementation a été modifiée en 2023, et nous avons trouvé particulièrement intéressant d’étudier ces changements et d’examiner comment les investisseurs y réagissent. La question centrale du projet est d’ordre comportemental : comment les investisseurs lisent-ils ces documents, que comprennent-ils, comment se forgent-ils des opinions et comment prennent-ils finalement leurs décisions ? L’objectif sous-jacent est d’évaluer si l’intention des régulateurs — à savoir accroître la transparence et fournir davantage d’informations — est atteinte dans la pratique. Dans le domaine de la finance, la question de la culture financière est bien connue : tous les investisseurs n’ont pas la même capacité à lire et à interpréter ce type de documents. Ainsi, bien que l’intention réglementaire soit très louable, il est possible qu’un surplus d’informations ne conduise pas nécessairement à de meilleures décisions pour les investisseurs lambda. Les régulateurs ont modifié ces documents dans le but de faciliter la vie des investisseurs en leur fournissant des informations plus claires. Mais il est essentiel de déterminer s’ils atteignent réellement cet objectif. Nous estimons que les investisseurs ne possèdent pas tous le même niveau de culture financière, ce qui peut créer un obstacle cognitif. Les investisseurs moins familiarisés avec la terminologie financière risquent de ne pas comprendre pleinement ces documents et, par conséquent, de ne pas prendre les décisions que la réglementation visait à favoriser. C’est pourquoi ce projet est important : il vise à produire des résultats susceptibles d’améliorer la communication d’informations pertinentes aux investisseurs particuliers et, plus largement, de contribuer à l’élaboration de meilleures politiques publiques.

CY Initiative : Comment ce projet sera-t-il mis en œuvre concrètement ?

Sofia Ramos : À l'ESSEC, nous disposons d'un laboratoire d'expérimentation, et nous l'utiliserons pour tester la manière dont les participants réagissent aux nouveaux documents. Ces expériences impliqueront principalement des étudiants. Les participants se verront présenter les nouveaux documents ainsi que des versions antérieures de ceux-ci, et nous comparerons la manière dont ils traitent les informations, dont ils extrapolent les rendements et dont ils décident d'investir ou non. D’une certaine manière, nous essayons de les mettre dans la peau de véritables investisseurs et d’observer leurs réactions. Cette approche comparative est importante car il existait des versions antérieures de ces documents, et nous souhaitons comprendre ce qui a changé et comment ces changements influencent la prise de décision. Le projet est déjà en cours de préparation, et nous avons mené un test pilote fin mars. Les principales expériences ont eu lieu en avril et mai. Le laboratoire ne pouvant accueillir que 38 étudiants à la fois, nous devrons organiser l’étude en plusieurs vagues. Au total, nous visons environ 400 étudiants, afin d’obtenir un échantillon suffisamment représentatif. L’expérience elle-même durera donc environ un mois. Ensuite, nous commencerons à analyser les données, à réaliser des estimations économétriques et à consolider les résultats.

CY Initiative : Pourquoi avez-vous répondu à cet appel à projets ?

Sofia Ramos : Le soutien financier est essentiel, avant tout parce que nous devons recruter des participants pour l’expérience et sans ce financement, ce projet ne pourrait pas voir le jour. Plus largement, ce projet constitue une première étape. Nous souhaitons développer un axe de recherche plus long sur ce sujet, puis solliciter d’autres financements à l’avenir. Bien sûr, notre ambition est également d’élargir la portée de l’étude. Pour l’instant, nous travaillons avec des étudiants, mais il serait très utile de tester ces questions auprès d’une population plus large. Nous aimerions également approfondir les questions liées à la culture financière, car elles sont au cœur du projet. Le soutien de CY Initiative est fondamental pour la mise en œuvre du projet.
 

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