le 9 avril 2021
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Publié le 11 avril 2021 Mis à jour le 11 avril 2021

L’UMR Héritages, Cultures, Patrimoines et Créations, une nouvelle Unité Mixte de Recherche portée par CY Cergy Paris Université, le CNRS et le ministère de la Culture

Le 1er janvier 2021, l’UMR Héritages, Cultures, Patrimoines et Créations voyait le jour avec pour objectif de faire travailler ensemble une équipe pluridisciplinaire de chercheurs de CY Cergy Paris Université, du CNRS et du ministère de la Culture. Rencontre avec Julie Amiot-Guillouet, Professeur des universités à CY Cergy Paris Université et directrice adjointe du laboratoire AGORA pour en savoir plus sur cette unité mixte de recherche (UMR) et ses objectifs.

Pouvez-vous nous présenter l’UMR Héritages en quelques mots ? Et nous en dire plus sur ce qu’est une UMR ?

Une UMR, Unité Mixte de Recherche, est un laboratoire créé par la signature d'un contrat d'association d'un ou de plusieurs laboratoires de recherche d'un établissement d'enseignement supérieur ou d'un organisme de recherche avec le CNRS
Dans notre cas, l’UMR Héritages, Cultures, Patrimoines et Créations (UMR 9022) est portée par CY Cergy Paris Université, le CNRS et le ministère de la Culture et émane d’un souhait du ministère et du CNRS, de mettre en place une unité de recherche autour des questions de culture, de patrimoine et de création.  
Ils se sont assez naturellement rapprochés de CY Cergy Paris Université qui travaille depuis une bonne dizaine d'années sur les sujets liés au patrimoine notamment au sein de CY Initiative (I-SITE), du programme PIA EUR Humanité, Patrimoine et création et via le laboratoire AGORA. Sa position en tant que membre fondateur de la Fondation des Sciences du patrimoine était également un vrai atout. D’autre part, une équipe d’anthropologues du CNRS et du Ministère de la culture en délégation au CNRS, réunie dans le Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire de l’Institution de la Culture (LAHIC) a été choisie comme partenaire dans cette création.
C’est donc une dynamique institutionnelle qui a permis à l’UMR Héritages, Cultures, Patrimoines et Créations de voir le jour. 

Le laboratoire AGORA de CY Cergy Paris Université, dédié à la recherche sur la civilisation, les identités culturelles, textes et francophonies, a été identifié comme pouvant être le moteur de la création de cette UMR. Laboratoire pluridisciplinaire, il regroupait des historiens, des littéraires, des spécialistes des études aréales et des arts visuels… et était lui-même le fruit de la fusion de 2 laboratoires. J’en ai justement pris la direction adjointe à l’été 2019 afin d’établir la feuille de route pour travailler à la création de l’UMR et faire que la nouvelle division du laboratoire en deux se fasse dans de bonnes conditions. 
Nous sommes donc aujourd'hui en train de mettre en route ce beau projet, validé du point de vue scientifique à l'été 2020 par le CNRS qui a décidé d'en faire une UMR évaluée au bout de 2 ans.
 

Sur quelles problématiques travaille l’UMR et comment ? 

L’UMR Héritages, Cultures, Patrimoines et Créations se structure autour de 3 approches qui se déclinent ensuite sous la forme de 3 dynamiques de recherche. 
La première approche consiste à s’intéresser à tout ce qui relève des processus de création et de patrimonialisation avec des questions comme : à quel moment décide-t-on qu’un objet devient un objet de patrimoine ? Ou à quel moment décide-t-on qu’un objet est juste un objet quelconque ou non patrimonial ? A quel moment on considère qu’un objet devient un objet de création ? Quelles sont les temporalités de ces processus? Qui en sont les acteurs? Cela peut notamment être intéressant pour toutes les pratiques réputées “non légitimes” ou les pratiques plus populaires et collectives. A quel moment porte-t-on un regard impliquant la reconnaissance de la création ou un regard de la reconnaissance d’un objet patrimonial sur des objets qui pourraient ne pas bénéficier de ce genre de validation ? 
Il s’agit de questions autour de la légitimité et des dispositifs mais aussi des institutions qui se font le relais de la reconnaissance de cette légitimité. Pour la création, cela peut être, par exemple, d’étudier des fonds de soutien à la culture, d’étudier les festivals dans lesquels on fait circuler des objets artistiques qu’ils soient littéraires, cinématographiques ou de toutes autres natures.

La 2ème approche qui vient compléter la première, va concerner tous les travaux qui visent à mettre en évidence les tensions, mobilisations et résistances que peuvent engendrer ces dispositifs et processus. Par exemple, des collègues travaillent sur les labels de l’Unesco et en particulier le label “patrimoine mondial”. Il y a des personnes qui sont favorables à ces labels car ils apportent des bénéfices que cela soit d’ordre symbolique ou en termes de visibilité ou de rendement touristique. Mais il y a aussi en face des personnes qui s’inscrivent contre car elles estiment que cela dévoie l’entièreté d’une culture ou d’un patrimoine notamment lorsque le label est lié à des dérives commerciales. Ils estiment que les  labels sont également néfastes pour les communautés qui vivent au cœur de ces créations et au cœur de ces patrimoines. 
Ces questions se posent aussi pour les œuvres qui ne circulent pas et n’ont pas accès à ces fonds, ces événements ou ces labels. Quel type d'œuvre et de communauté cela concerne-t-il ? Et là évidemment la notion de comparatif va être très importante. 

Le 3ème champ thématique très important est la question de la caractérisation concrète des liens culturels et de la patrimonialisation. Cela concerne aussi bien le patrimoine matériel que le patrimoine immatériel. On va regarder les objets, comment on les traite, comment on les valorise, comment on les fait circuler….
Cela implique de prendre en compte les politiques muséales, mais aussi les efforts de conservation des objets du patrimoine dans les archives par exemple. Avec, en amont, la question des recherches historiques et de l'archéologie notamment, qui mettent au jour des objets et documents dont certains sont ensuite exposés à des publics qui vont bien au-delà du monde académique. Là encore, la dimension réflexive est au cœur de nos préoccupations.

Ces 3 approches se répondent et se complètent et sont accompagnées par la mise en place de 3 dynamiques de travail qui permettent la transversalité et la transdisciplinarité. 
On retrouve ainsi l'historicité qui s'applique aux 3 approches. En effet, la patrimonialisation a une histoire. Le moment où l’on décide qu’un objet fait partie du patrimoine est lié à l’instant t. Elle intéresse évidemment les questions de mise en tension, de résistance et de mobilisation car il y a peut être des moments qui sont plus propices à ce que se structurent des groupes, des collectifs qui vont exprimer et rendre visibles des mécontentements, interrogations ou remises en cause. Et de la même manière sur la question de la caractérisation des biens matériels, nous avons dans notre équipe de recherche des collègues historiens et archéologues qui travaillent par exemple sur la matérialité des constructions architecturales, l'histoire des armes à feu en tant qu'elle contribue à éclairer l'évolution des pratiques de la guerre.... L’historicité est une dynamique de travail, une dynamique d’interrogation de nos thématiques qui parcourt l’ensemble des thèmes que nous avons identifiés.
On retrouve ensuite la globalisation et les jeux d’échelle. Du fait de la diversité des profils de chercheurs qui sont dans le laboratoire et des problématiques traitées, notre ambition est de poser un regard qui permet d’appréhender ces notions aussi bien à l’échelle globale que localement, régionalement, à l’échelle d’une ville ou d’une communauté. 
Et pour finir, nos travaux de recherche reposent sur la réflexivité qui vise à interroger non plus seulement les pratiques mais les principes eux même. Qu'entend-on par patrimoine ? Que trouve-t-on derrière les termes de création ou de culture ? Comment définit-on la culture et son évolution dans le temps et dans l’espace ?

Ces approches et dynamiques de recherche nous permettent de faire travailler ensemble une équipe pluridisciplinaire et de poser les jalons d’une recherche de grande qualité.

Comment se structurent aujourd’hui les travaux de recherche de l’UMR ?

Nous avons choisi, pour structurer les travaux de recherche du laboratoire et pour faire interagir les chercheurs à l’intérieur de l’unité, de créer 3 axes structurants 

  • la patrimonialisation des savoirs et l’instauration des cultures 
  • les expériences, les pratiques et les acteurs de la création et de la patrimonialisation 
  • les savoirs et la transmission 

Ces trois axes reprennent en assez grande partie les thématiques de recherche que nous avons dégagées dans le cadre du laboratoire. 
Et en plus de cela, nous allons réfléchir chaque année à une thématique que nous appelons le fil d'ariane, une thématique transversale à l’ensemble des chercheurs et qui nous permettra d’organiser une manifestation scientifique dans laquelle nous nous rassemblerons tous pour échanger sur une question commune mais à partir de nos disciplines et regards différents. 

Quels sont les liens entre l’UMR et les institutions ? Et quelle est la place de l’UMR dans les problématiques actuelles ?

A l’intérieur de l’UMR, certains projets collectifs de grande ampleur sont d’ores et déjà portés par des membres permanents du laboratoire. Citons à titre d’exemple le Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS) “Patrimoines en partage”, structure du CNRS qui regroupe une cinquantaine de partenaires, ou ethnopôle GARAE (Groupe Audois de Recherche et d’Animation Ethnographique) qui possède un centre de documentation en ethnologie et en littérature, et oeuvre pour la valorisation de la recherche en ethnologie. Du côté des enseignants-chercheurs de CY Cergy Paris Université, nous hébergeons notamment les travaux du collectif international “Ecritures Créatives en Formation”, lié au Master “Métiers de l’écriture et de la création littéraire”
L’UMR a pour objectif de développer les recherches en lien avec les problématiques des institutions ou acteurs de la culture comme les musées, archives… ce sont des pratiques scientifiques d’ores et déjà très développées chez nos chercheurs.
Dans notre unité nous avons par exemple un personnel du ministère de la Culture mis à disposition du CNRS qui travaille sur un projet autour de Notre-Dame de Paris. Il y a notamment tous les aspects très matériels (les vitraux, le bois…) dans ce projet mais cette chercheuse travaille sur les émotions patrimoniales en lien avec l'incendie et la reconstruction patrimoniale. Un vaste sujet à aborder.

Notre lien fort avec la Fondation des Sciences du Patrimoine est également une porte d’entrée vers toutes les institutions de la Fondation qui pourraient faire appel à nous pour travailler sur une problématique donnée.

Quels sont ses objectifs à court et moyen terme ?

Créée le 1er janvier 2021, l’UMR est aujourd’hui en phase de lancement. Il va ainsi nous falloir dans un premier temps structurer et mettre en marche l’unité notamment au regard de la diversité des profils des chercheurs. En effet, ce sont aujourd’hui 39 enseignants-chercheurs, 8 chercheurs CNRS et un peu plus de 90 doctorants qui la composent.
Nous avons déjà mis en place les axes et organisé un premier point d’étape avec les chercheurs de chaque axe. Il s’agit ainsi de faire vivre nos axes et de permettre à nos chercheurs d'interagir de la manière la plus libre possible.

Durant les 2 années à venir, notre objectif est également de nous entourer de membres associés de qualité, que nous sommes en train de recruter, mais également de déposer des candidatures à des appels à projet. 
Le but étant, bien entendu, de construire un collectif autour de projets structurants en développant les axes de recherche définis. Cela passera aussi par des séminaires de recherche, workshops….

Notre objectif est de présenter les résultats de cette première année et demi de recherche durant une manifestation scientifique d’ampleur en juin ou septembre 2022.